Quelques conseils aux étudiants de 1ière année en prévision des examens…

Vous avez déjà affronté les initiations, les interminables heures de lecture du bac en droit, votre premier examen en introduction du droit, les nombreux partys de l’AED, vos premiers (et non vos derniers comme c’était le cas avant vous) intras ainsi que vos premiers résultats. J’espère que tout cela s’est bien passé pour vous jusqu’à maintenant, mais si ce n’est pas le cas, ne vous découragez pas trop vite, la période d’adaptation n’est pas la même pour tout le monde. Malheureusement, sans vouloir vous faire peur, le pire est encore à venir. Si ce n’est déjà fait, vous allez très bientôt commencer à ressentir le stress de fin de session, à vous demander, dans certains cours, comment vous allez faire pour répondre à l’examen et par où commencer votre étude. Normalement, on vous a déjà donné de précieux conseils durant les séances de mentorat et vous avez peut-être aussi discuté avec d’autres qui sont passés par là. J’y vais tout de même de quelques conseils qui sont un amalgame de petits trucs et autres informations utiles que j’ai recueillis depuis que je suis à la Faculté ou que j’ai su développer. Après tout, on n’est jamais trop bien conseillé ou trop bien préparé.

Mon premier conseil constitue la règle d’or en droit : lisez tout au long de la session sans attendre à la fin. Il est effectivement un peu tard pour vous donner ce conseil si près de la fin de la session et probablement que c’est le premier conseil qu’on vous a donné. Il n’en demeure pas moins qu’il va il y en avoir certains d’entres vous qui, comme à chaque année, vont arriver à la fin de la session en n’ayant presque pas ouvert leurs recueils. Je peux vous assurer, qu’à moins de posséder des superpouvoirs, il est impossible de tout lire en seulement deux semaines.

Dans le meilleur des mondes, il faudrait que vous effectuiez toutes les lectures demandées dans chacun de vos cours à chaque semaine. Mon conseil de base est donc de vous encourager à faire toutes ces lectures et à faire des fiches de jurisprudence. Cependant, dans le vrai monde, vous avez cinq ou six cours, vous dormez parfois, vous travaillez sans doute et vous aimez avoir une vie sociale de temps à autre. Le résultat de cette équation est simple : il est bien souvent impossible de faire toutes les lectures. Dans la vraie vie, il faut donc malheureusement faire des choix et il faut les faire intelligemment. Je vais donc vous donner quelques pistes, que j’aurais bien aimé découvrir dès mon arrivée à la Faculté, pour vous guider dans votre sélection.

Durant votre cours d’introduction au droit, vous avez, du moins je l’espère, appris quelles sont les sources du droit et comment les classer hiérarchiquement : législation, jurisprudence et doctrine. Cet ordre logique se transpose à l’examen : vous allez devoir abondamment citer des articles de lois pour appuyer vos réponses, mentionner également certaines causes de jurisprudence et peu ou pas de doctrine. Vos priorités de lecture et d’étude doivent donc, logiquement, s’aligner sur cette hiérarchie.

La législation ne pose pas de problème particulier. Il est rare qu’il vous soit demandé de lire toute une loi ou une série d’articles du C.c.Q. ou du C.cr. dans l’abstrait. Vous lisez normalement les dispositions pertinentes à travers la jurisprudence et la doctrine.

Les choses se gâtent déjà au niveau de la jurisprudence. En fonction des professeurs que vous avez et de votre emploi du temps, il est bien possible que vous n’ayez pas le temps de lire toutes les décisions. Je vais commencer par quelques conseils généraux relatifs à la jurisprudence avant de vous en donner sur la sélection que vous avez à faire.

Quand vous lisez un jugement, il y a des passages qui sont moins importants que d’autres. Avec l’expérience, vous allez apprendre à les identifier et à, ainsi, lire plus rapidement. À titre d’exemple, dans un jugement d’une Cour d’Appel ou de la Cour suprême, vous pouvez passer rapidement sur le résumé des décisions des cours inférieures. Ce qui vous intéresse, c’est généralement le jugement final et, de toute façon, les juges reprennent les éléments importants tout au long de leurs motifs. Également, rien ne sert de lire la législation applicable en détail si vous la connaissez déjà. Si vous manquez de temps, vous pouvez aussi vous concentrer sur l’opinion qui fait autorité et passer plus rapidement sur la dissidence ou les motifs concordants en lisant le résumé par exemple. Il y a bien sur des cas exceptionnels où certains passages de la dissidence sont importants, mais généralement le professeur vous l’indiquera. Dans un jugement de la Cour suprême où la Cour fait une étude de la jurisprudence ou du droit applicable dans d’autres pays, vous pouvez passer plus rapidement sur ces passages sans pour autant les sauter complètement. Finalement, lorsqu’un juge cite de longs passages d’un autre jugement ou de la doctrine, généralement il va souligner ce qui est particulièrement important dans la citation ou en faire un résumé dans le paragraphe qui précède ou qui suit. Vous pouvez donc lire la citation en diagonale et vous concentrer sur ce que le juge en ressort.

Si vous avez beaucoup de décisions à lire dans un cours, je vous encourage fortement à prendre quelques minutes après chaque jugement pour vous faire une fiche de jurisprudence. Il y a plusieurs façons de procéder, mais personnellement j’y consigne quatre informations : quelques mots clés pour savoir rapidement à quelle fin ce jugement est pertinent (ex. : pour Oakes j’inscris « présomption d’innocence » et « test de l’article premier »), un résumé rapide en quelques points des faits, la question de droit à trancher et finalement un bref résumé des motifs. Bien sur, il est moins pertinent de faire une telle fiche pour un jugement de la Cour du Québec qui est un simple exemple d’application que pour un jugement important de la Cour suprême. L’exercice peut sembler inutile ou laborieux, mais vous sera d’une grande utilité pour faire une révision facile et rapide en fin de session et pour retrouver rapidement quelle est la cause qui appuie votre réponse à l’examen.

Je vous rappelle le principe de base qui est de lire tout ce qui est à lire. Ceci étant dit, il vous sera souvent nécessaire de faire des choix, que ce soit tout au long de la session ou lors de votre étude. Il n’y a pas de règle absolue, tout dépend énormément du cours et du professeur. Par exemple, il est certain que ce n’est pas réaliste de se présenter à un examen de droit constitutionnel ou de droit pénal sans avoir lu ses arrêts de la Cour suprême. La majorité des notions et des principes importants proviennent de la jurisprudence. Je conseille donc, pour ce type de cours, de lire les arrêts au complet et de faire des fiches de jurisprudence puisqu’une bonne connaissance de la jurisprudence est souvent un atout de taille pour ces examens. Pour les cours pour lesquels il est moins évident que la jurisprudence est essentielle à la bonne compréhension de la matière,  tout dépend du professeur et de pourquoi il vous fait lire certaines causes.  Si l’enseignant vous fait lire quelques causes et n’en parle jamais durant le cours, probablement qu’il vous les fait lire pour vous aider à comprendre la matière en voyant des cas d’application, mais desquelles aucun principe important n’est dégagé. C’est le cas notamment en obligations 1 et 3 où il n’y a pas nécessairement énormément de grands principes qui ont été élaborés par la jurisprudence. Attention, je ne dis pas de ne pas lire ces jugements et encore moins que la jurisprudence n’a eu aucun impact en droit des obligations, mais si vous manquez de temps, vous pouvez passer plus vite sur les causes qui semblent être seulement des cas d’application si vous comprenez bien la matière. Si vous manquez cruellement de temps, lisez au moins un résumé. Tous les jugements récents de la Cour suprême débutent par un résumé officiel. Il est possible qu’il ne soit pas au recueil, mais vous pouvez le trouver facilement sur le site de la Cour suprême. Pour les autres jugements, vous pouvez très souvent trouver un résumé sur le site de SOQUIJ pour les jugements québécois et sur le site de Quicklaw (et autres bases de données) pour les jugements canadiens. C’est également une bonne question à poser à l’enseignant à savoir s’il s’attend à ce que les étudiants cite de la jurisprudence à l’appui de leur réponse à l’examen et si des points sont accordés pour cela. Certains professeurs vous demanderont seulement d’indiquer le nom de la cause à la fin de votre réponse, d’autres vous demanderont de rappeler brièvement les faits et ce qui a été décidé. Si on vous répond qu’il n’y a pas de points accordés pour la jurisprudence ou très peu (c’est tout de même rare), cela ne veut pas nécessairement dire de ne lire aucun jugement mais…

Pour ce qui est de la doctrine, comme je l’ai indiqué plus haut, elle ne vous sera pas d’une grande utilité pour l’examen. Elle vous sera plutôt utile durant la session pour comprendre certaines notions moins bien comprises en cours ou qui n’ont pas été abordées. Il est certain que lire la matière en plus de l’entendre durant le cours ne vous permet que de mieux la comprendre et je vous conseille donc tout de même de lire la doctrine si vous avez le temps, mais faute de temps c’est quelque chose sur lequel vous pouvez passer plus rapidement durant la session. Si vous ne l’avez pas lue durant la session, ce n’est pas lors de votre étude de fin de session qu’il faudra vous y mettre sauf pour éclaircir vos notes sur certains points.

Pour ce qui est de l’étude en tant que telle, tout dépend de si l’examen est à livre fermé ou à livre ouvert. Pour un examen à livre ouvert, le professeur ira généralement beaucoup plus dans le détail. Il est donc impossible de tout savoir par cœur. Dans ce cas, ce qui est important est d’avoir une bonne vue d’ensemble de la matière, de vos notes et de la jurisprudence, et de savoir où sont vos choses. Je vous conseille donc de faire 1 ou 2 lecture complète de vos notes et de faire une bonne révision de vos fiches de jurisprudence, si vous en avez faites, ou des résumés. Si vous avez le temps et qu’il s’agit d’un cours pour lequel la jurisprudence est particulièrement importante, il peut être intéressant de vous faire un index de toutes les causes de jurisprudence en indiquant pour chacune les thèmes importants qui y sont abordés. À l’examen, bien souvent vous allez être capable de répondre aux questions sans regarder vos notes, mais il est possible que vous ne sachiez plus quelle cause supporte ce que vous êtes en train d’écrire. Avoir un index vous permet de ne pas perdre de temps inutilement à chercher dans tous vos résumés. Si vous êtes dans un cours où il y a beaucoup d’articles du C.c.Q. (droit de la famille, obligations, etc.), il peut également être intéressant, en relisant vos notes, de faire une liste des articles qui sont importants. Une fois votre lecture terminée, mettez cette liste d’articles en ordre croissant et indiquer pour chacun 2-3 mots clés. Un peu comme pour la jurisprudence, souvent vous connaitrez la réponse à la question, mais vous ne saurez pas par cœur quel est l’article qui la confirme. Avoir un index vous évite de fouiller dans votre Code surtout dans les cas où certaines notions ne sont pas nécessairement où elles devraient être dans le Code.

Pour les examens à livre fermé, le professeur ira généralement moins dans les détails et fera plus appel à votre compréhension générale de la matière. Que vous ayez droit ou non à une feuille de notes pour l’examen, je vous conseillez de relire 1 ou 2 fois vos notes en faisant ressortir les éléments les plus importants sur une feuille. Même si vous n’avez pas droit à cette dernière pour l’examen, le fait de faire cet exercice de synthèse vous aidera grandement à comprendre la matière dans son ensemble. Pour le reste, nous avons tous nos propres petits trucs et routines pour mémoriser des informations. N’ayant eu qu’un seul examen à livre fermé durant la première année, je ne peux vous en dire beaucoup plus. Généralement, vous aurez droit à votre Code ou les dispositions législatives pertinentes seront incluses à l’examen. Bref, contrairement à la pensée populaire, vous n’aurez pas à retenir toute une série d’articles par cœur. Ce qui compte, je le répète, c’est d’avoir une bonne compréhension globale de la matière.

Comme vous le savez sans doute déjà, vous pouvez photocopier, à la bibliothèque, les examens des dernières années. Si vous trouvez deux examens différents du même professeur, je vous encourage à en faire un premier avant de débuter votre étude et ce sans regarder vos notes pour avoir une idée de votre niveau et de l’étude que vous devez faire. Quand vous croirez avoir terminé votre étude, faites le deuxième examen avec les mêmes seuls outils auxquels vous aurez droit à l’examen pour confirmer que vous êtes prêt. Si vous ne trouver qu’un seul examen, mon conseil serait de finir avec cette exercice une fois que votre étude est terminée. Ne vous inquiétez pas si vous n’avez aucune idée, même en cherchant dans vos notes, de ce qu’il faut répondre à une question particulière. La matière vue durant le cours varie d’une session à une autre. Finalement, si vous ne trouvez pas d’examen de votre professeur, il sera rarement utile d’essayer celui d’un autre enseignant donnant le même cours, car chacun insiste sur des aspects différents de la matière.

Mon dernier conseil, aussi important sinon plus que le premier, est de ne pas trop vous stressez avec les examens. N’importe qui de normalement constitué qui a été admis en droit, qui a assisté aux cours et qui a fait un minimum de lecture peut réussir. Les 2-3 dernières semaines de la session à préparer et à faire vos examens seront intenses et épuisantes, mais accordez vous quelques moments de détente avec votre copain/copine ou vos amis pour faire baisser un peu le niveau de stress. Une fois que vous aurez fait tous vos examens, célébrez et ne vous inquiéter pas de vos résultats. Vous aurez le temps de commencer la session d’hiver et même de faire 2 à 3 semaines avant d’avoir vos résultats. Ne commencez donc pas à harceler le portail dès le 20 décembre. Quand vous aurez vos résultats tant attendus, ne vous découragez pas si vous avez moins bien réussi que vous le croyiez. La notation est basée sur un système, quelque peu obscur, qui est fortement influencé par la moyenne du groupe et par votre écart avec cette moyenne. Par conséquent, il est impossible que vous ayez tous A ou A+ même si à la base vous avez tous été  admis parce que vous étiez tous dans les 15% meilleurs de vos programmes respectifs.

Bonne étude et profitez bien des vacances des fêtes, car les écrits des sages de la Cour suprême viendront bien vite vous hanter à nouveau en janvier. En cas de question, n’hésitez pas à m’envoyer un courriel.

Note: Cet article s’adresse tout particulièrement aux étudiants de la Faculté de Droit de l’Université de Montréal.

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