Boston Legal

Initialement, j’avais pensé traiter de la question de savoir si la catégorie des biens immeubles par destination est totalement disparue du Code civil du Québec, mais j’ai eu peur qu’un sujet aussi précis du droit des biens intéresse trop peu de gens. Si toutefois je faisais erreur, envoyez-moi un courriel et il me fera plaisir d’écrire cet article. En attendant, je tente plutôt une brève incursion dans la section Culture pour vous parler d’une série télévisée américaine.

 Ne vous inquiétez pas, le Pigeon dissident ne se transformera pas en TV Hebdo et je ne rapporterai pas les derniers potins de Loft Story ou Occupation Double dans un prochain numéro. En fait, je vais vous donner trois bonnes raisons pour vous convaincre que je ne me suis pas trompé de publication et pour vous encourager à ne pas tourner la page trop vite.

Tout d’abord, vous l’aurez sans doute deviné, Boston Legal met en scène une prestigieuse firme d’avocats de Boston. Déjà nous pouvons mieux justifier la présence de cette chronique télé dans le journal étudiant d’une faculté de droit. Deuxièmement, la preuve que cette série n’est pas une pure perte de temps pour les futures juristes très occupés que nous serons est que de nombreux avocats et autres professionnels la regardent. En effet, bien que les cotes d’écoute de cette série soient loin d’être aussi impressionnantes que celle de Grey’s Anatomy ou de CSI, c’est tout de même celle qui attire le public le plus riche selon Nielsen Media Research. Finalement, en seulement trois saisons, la série a remporté sept Emmy (les Oscars de la télévision), un Golden Globe et un Satellite.

Cette série est une création de David E. Kelley qui est à l’origine de Ally McBeal et The Practice. Peut-être avez-vous déjà regardé The Pratice qui était une excellente série qui mettait également en scène un cabinet d’avocat et qui a joué entre 1997 et 2004. Boston Legal est en fait un spin-off de cette série puisque dans la dernière saison le personnage de Alan Shore, incarné par James Spader, a été intégré comme personnage principal alors que les derniers épisodes de cette dernière saison a servi à introduire d’autres personnages de Boston Legal. Alors que The Practice était une série dramatique, sérieuse et réfléchie, Boston Legal est beaucoup plus désinvolte, comique voir même burlesque par moment.

Le cœur de la série est le duo Alan Shore / Denny Crane. Denny Crane est incarné par le comédien d’origine montréalaise William Shatner qui est plus connu pour son célèbre rôle du capitaine Kirk dans Star Trek. Il incarne l’associé fondateur du cabinet Crane, Pool & Schmidt. Ayant bâti ce prestigieux cabinet d’envergure international et n’ayant jamais perdu un seul procès, il jouit d’un prestige considérable. Il n’en est pas moins un personnage égocentrique, obsédé et complètement insensé par moment. En fait, il commence à se faire vieux et le reste du cabinet croit qu’il devient sénile. Il ne cesse de prononcer son nom en croyant que cela suffit à imposer le respect et à lui faire gagner un procès. Il commence à s’inquiéter du fait qu’il puisse présenter des signes de la maladie Alzheimer pour finalement préférer dire à tout le monde qu’il est atteint de la maladie de la vache folle (dont les symptômes sont très semblables). William Shatner a gagné le Emmy du meilleur acteur de soutien en 2005 ainsi que le prix du meilleur acteur surprise pour le même personnage dans The Practice en 2004.

James Spader, qui a joué dans de nombreux films, incarne Alan Shore. Ce personnage est présenté, particulièrement dans The Practice, comme un avocat sans scrupule, sans cœur et qui n’a pas peur de recourir à des méthodes éthiquement voir légalement incorrectes pour gagner une cause qu’il croit juste. Bien qu’il ne soit pas associé dans le cabinet, il a tout de même une certaine importance puisqu’il devient immédiatement le meilleur ami de Denny Crane. Les autres associés comptent sur lui pour empêcher Denny Crane de faire n’importe quoi et entacher la réputation de la firme. Dans les premiers épisodes de Boston Legal, Alan Shore continue d’être celui qui utilise des méthodes peu appropriées pour résoudre certains problèmes, mais il attire également l’attention en agissant de manière complètement absurde. Peu à peu, les auteurs ont un peu changé le personnage en coupant, entres autres, dans les trop grandes absurdités. On va continuer de faire appel à lui pour gagner les causes perdues d’avance, mais il va les gagner de façon légitime.

Dans presque tous les épisodes, Alan Shore fait, dans le cadre d’un procès difficile, une plaidoirie de clôture extrêmement convaincante qui lui permet pratiquement toujours de gagner. C’est très probablement cet aspect du rôle de James Spader qui lui a permis de gagner trois fois le Emmy du meilleur acteur pour une série dramatique en quatre ans (la série n’a que trois saisons, mais il a gagné pour le même personnage dans la dernière saison de The Practice). Ces plaidoiries sont bien sur écrites en partie par les auteurs de la série, mais James Spader y apporte énormément. Cet aspect amène un côté beaucoup plus dramatique, sérieux et intelligent à la série. Boston Legal traite d’une quantité incroyable de sujets chauds de l’actualité : Guantanamo Bay, l’investiture démocrate américaine, le sirop de maïs et l’obésité, la religion, le cancer, la tolérance envers les homosexuels, le lobby de la viande et la maladie de la vache folle, la guerre en Irak, la peine de mort, le président Bush, le morcellement de la Constitution américaine, les écoutes illégales, la torture, la scientologie, etc. Dans bien des cas, Boston Legal vient dire à la télévision ce que beaucoup pensent tout bas sans oser le dire ou avoir la tribune pour le faire. Le plus impressionnant est que ces sujets sont abordés dans la série en même temps que  dans les médias sérieux et parfois même avant.

Il y a bien sur beaucoup d’autres excellents acteurs qui incarnent des personnes récurrents sur une ou plusieurs saisons : Candice Bergen (Shirley Schmidt – associé fondateur du cabinet; un personnage extrêmement intéressant également et présent à toutes les saisons); Mark Valley, Rene Auberjonois, Julie Bowen, Constance Zimmer, Monica Potter, Rhona Mitra, Christian Clemenson (qui a gagné un Emmy en 2006 pour son personnage occasionnel de Jerry Espenson qui est maintenant un personnage permanent de la saison quatre), John Larroquette, Heather Locklear et même Michael J. Fox!

Il est difficile de décrire cette série très colorée uniquement avec des mots. Je crois que ce qui en fait une série si intéressante et divertissante est l’équilibre entre le côté sérieux et tout le coté hilarant. L’humour est parfois un peu absurde, mais également très subtile et intelligent à d’autres moments. Il y a notamment énormément de méta-références (les personnes font référence au fait qu’ils sont dans une série télévisée), de références à l’actualité politique et à d’autres séries. C’est la seule série, et j’en ai regardé beaucoup, que j’ai acheté en DVD et que je regarde à nouveau avec autant d’intérêt. Contrairement à beaucoup d’autres, ce n’est pas l’intrigue et son dénouement qui suscitent l’intérêt, mais plutôt la qualité du texte et le grand talent de ceux qui le livrent.

Malheureusement Fox a commencé à faire enlever les extraits qu’on pouvait trouver sur YouTube. Je suis assuré que quelques extraits auraient été suffisants pour en convaincre plusieurs d’entres vous. Si vous avez besoin de faire une pause entre deux jugements de la Cour suprême sur la margarine et si vous avez envie de vous détendre en riant tout en réfléchissant sur des questions d’actualité qui nous touchent directement, je vous encourage à regarder quelques épisodes pour voir. La quatrième saison est diffusée depuis le 25 septembre dernier les mardis soir à 22h00 sur ABC. Si vous préférez la version française (bien que je vous suggère fortement la version originale), Justice à Boston est diffusée tous les lundis à 21h  sur Série+. Si vous aimez, les trois premières saisons sont désormais disponibles en DVD. 

 

Note : Cet article a été publié dans le Pigeon Dissident, journal étudiant de la Faculté de Droit de l’Université de Montréal.

Boston Legal

Comments are closed.